Un Mal Nommé CIVILISATION
De Hagouchonda
Comme son nom l’indique (du latin: civitas,-tatis la cité ; civis,-is le citoyen) la civilisation est une affaire de ville, de cité. Et qu’est-ce-qu’une cité si ce n’est un village exagérément grand par rapport à la capacité de charge de son environnement ? Pour soutenir une telle concentration d’humains, il faut donc trouver une astuce pour tricher et contourner les lois de la nature. Pour ce faire, la civilisation utilise l’agriculture. Un procédé qui consiste à raser l’écosystème existant et à le remplacer par une seul plante ou plus exactement une poignée de plantes apparentées. Ce procédé provoque la dégradation du sol et son érosion progressive.
Au début, le civilisé parvient à produire d’avantage de nourriture qu’il n’en n’avait besoin. Il put ainsi constituer des réserves et commercer avec les éleveurs nomades et les tribus sauvages. Ce surplus permit aussi une spécialisation des humains civilisés (charpentiers, scribes, etc…). Mais rapidement, comme c’est toujours le cas quand un animal est en présence d’une abondance alimentaire, le civilisé s’est multiplié et les surplus ont fondu. Il dut alors intensifier et étendre toujours d’avantage son astuce. Au prix de toujours plus d’effort et de travail. Ainsi commença la grande fuite en avant de la civilisation.
Il s’ensuivit une guerre effrénée contre l’écosystème, menée par l’homme civilisé pour augmenter sa production. Il doit toujours augmenter les surfaces agricoles. Il doit constamment retourner la terre pour empêcher la nature de restaurer les terres dévastés. Cela demande un investissement important de temps mais surtout d’énergie. Dans un premier temps, ce travail fut effectué à la main. Puis on fit appel à la force animale pour éventrer la terre. Il fallu alors nourrir et entretenir ces bêtes, ce qui impliqua un surplus de travail. On creusa aussi des canaux d’irrigations et de drainage qu’on dut entretenir. Eventuellement, on remplaça les animaux par des tracteurs, des moissonneuses, etc. On créa des engrais chimiques pour compenser artificiellement à la dégradation du sol. Augmentant de plus en plus la complexité de la civilisation.
Cet accroissement de complexité a bien sur un coût, il signifie toujours d’avantage de gens attachés à la gestion de cette complexité et à des tâches autres que la production d’aliment. Cela signifie qu’au fur et à mesure que cette complexité augmente, le retour sur l’investissement diminue jusqu’à ce que le retour devienne négatif. Ce phénomène est connu sous le nom de «Loi des retours décroissants», et cela implique qu’inévitablement toute civilisation doit s’effondrer quand elle atteint ce point de développement. A ce stade, un problème somme toute banal peut les anéantir. Car le seul moyen de résoudre les problèmes dans une civilisation implique un accroissement de la complexité.
Toute les civilisations ont disparu à cause de ce phénomène de retour décroissant. La civilisation actuelle ne s’est pas encore effondrée lorsqu’elle manqua de bois et devint incapable d’augmenter sa production alimentaire parce que deux évènements lui permirent de continuer son stratagème agricole et énergétique. Elle découvrit l’Amérique et passa à l’âge du carbone en se tournant vers le charbon. L’Amérique lui apporta de nouvelles terres mais aussi de nouvelles plantes domestiques ce qui mis fin à des épisodes de famine récurrents. Le charbon remplaça le bois qui manquait cruellement. Devant les coûts croissants du bois et la densité énergétique plus grande du charbon. On finit par se résigner à l’utiliser de plus en plus. Le charbon étant disponible en quantité et à bas prix il devint le moteur de la première révolution industrielle, qui conduisit à une explosion de la complexité comme jamais auparavant et poussa plus loin l’explosion démographique et la fuite en avant des civilisés et la destruction des écosystèmes.
Puis arriva le pétrole, dont l’énergie était encore plus concentrée que celle du charbon, tout en étant infiniment plus versatile. Et la fuite en avant continua de plus belle, augmentant toujours d’avantage la complexité. Une complexité exponentielle alimentée par la consommation toujours plus grande d’énergie fossile. Or voilà que les énergies fossiles sont non renouvelables (sauf sur des temps géologiques). Et il se trouve que nous avons atteint à toute fin pratique le point où la moitié du pétrole a été pompé. Il en résulte selon une loi géologique implacable que la production va progressivement décroitre, ce qui va obliger la civilisation à trouver une nouvelle astuce pour continuer sa fuite en avant. Et ce, très très rapidement. Le gaz, le charbon, et l’uranium sont dans une situation comparable, leurs pics d’extraction suivra sous peu. En Amérique du nord, le gaz est déjà en déclin et on doit en importer à grand frais (accroissement de la complexité).
Le pétrole et les énergies fossiles (incluant l’uranium) est un parfait exemple de la loi sur les retours décroissants. Au début, on a pompé le pétrole facile, il sortait même tout seul de terre. Pour chaque joule investie on en récupérait 100 voir plus. Mais au fil du temps, ces gisements s’épuisèrent et on se tourna vers des sources plus difficiles et il fallu investir plus d’énergie pour le récupérer. On passa à 50:1 puis avec le temps à 10:1. On en arriva à l’extraction des sables bitumineux dont le retour sur investissement est très faible 3:1 à 2:1 tout au plus.
Récemment, sous un prétexte écologique, on se tourna vers les agrocarburants et le retour sur l’investissement devint négatif. Car l’agriculture est un procédé qui consiste depuis longtemps à transformer une importante quantité d’énergie non-alimentaire en une petite quantité d’énergie alimentaire. Cela à commencé quand la force animale a remplacé la force humaine. Les boeufs mangent plus d’énergie qu’ils permettent d’en produire, ils importaient pour ainsi dire l’énergie des prairies incultes par le biais du foin mangé par les bêtes. L’avènement du tracteur et de l’énergie fossile creusa l’écart, si bien qu’aujourd’hui on en est à 1 joules récoltée pour 10 dépensées. Mais la production a augmenté, l’agriculture est un système consistant à utiliser la force brute, au contraire de l’horticulture. Les pesticides, les herbicides, les engrais, les machines, tous dépendent d’une consommation incommensurable d’énergie fossile. Non seulement l’agrocarburant est-il un retour négatif sur l’énergie mais pour cette raison aussi d’un point de vue environnemental.
Le piège des rendements décroissants se referme donc sur la civilisation. Mais cette civilisation, contrairement aux autres, sera la dernière car elle a épuisé toute les ressources minérales accessibles par des moyens humains. Les ressources qui nourrissent la bête immonde, ne peuvent être obtenus qu’aux frais d’un complexe industriel devenu insoutenable. Les sol épuisés, minéralisés, morts et infertiles ne pourront plus produire assez de nourriture pour relancer une civilisation. Il faudra des millénaires pour que les sols redeviennent fertiles. C’est la théorie d’Olduvaï dans toute sa beauté.
Par ailleurs, pour améliorer la situation, les dommages à l’environnement et au climat feront disparaître les conditions ayant permis l’émergence de l’agriculture. D’autant plus, que le réchauffement du climat va recevoir un coup de fouet après l’effondrement de la civilisation par la suppression de l’Effet de voile planétaire. L’intense activité industrielle et la combustion des énergies fossiles relâchent dans l’atmosphère de fines particules appelées aérosols. Ces aérosols provoquent la réflexion d’une part importante du rayonnement solaire vers l’espace. Dans les années 1970 on assista à un refroidissement du climat qui provenait de cet effet. Mais plus tard, les quantités de CO2 dans l’atmosphère permirent à l’effet de serre de supplanter l’effet de voile.
Qu’adviendra-t-il alors ? La civilisation implosera et les civilisés avec elle, il n’y a aucun doute la-dessus. La destruction des écosystèmes étant si grande, leurs capacités de charge est bien plus faible que celles qui existaient au néolithique, lorsque tout ça débuta. Par conséquent, la population humaine, comme toute population animale qui dépasse la capacité de son environnement à le nourrir, crèvera de faim et de maladie. Jusqu’à ce que le nombre d’humains soit approprié aux ressources. En d’autre termes, au moins 95% de la population mondiale est condamnée à brève échéance. Les chances de survie décroissant dramatiquement avec la densité de population. Les 5% seront presque exclusivement ceux que le civilisé appelle avec mépris et dégoût: «sauvage», «barbare» ou «primitif».
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http://hagouchonda.blogspot.com/2008/07/un-mal-nomm-civilisation.html
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